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Conjoncture et Décisions. http://theoreco.com. Bernard Biedermann
Crise de 2008 Consommateurs entrepreneurs Critiques injustifiées du libéralisme. Mots clés : ANDESE, crises, récessions, cycles économiques, subprimes, régulation, libéralisme, mondialisation, crises Etats-Unis. Crise de 2008 Consommateurs entrepreneurs Critiques injustifiées du libéralisme Dès les premiers symptômes et diagnostics de la crise de 2008, on a pu assister à une critique du libéralisme et de l’économie de marché. La cause de la crise résiderait dans le fait, qu’il n’avait pas été interdit aux banques et institutions financières de titriser les subprimes et que l’on avait laissé se développer des crédits vers des couches de populations à risques. Ainsi, la crise ne se serait pas déclenchée si les autorités américaines avaient eu une politique économique comportant plus d’interventions et plus de régulation. Cette nouvelle crise fait l’objet d’un grand nombre d’analyses et de commentaires. Il est encore trop tôt pour établir une analyse définitive. Nous suggérons néanmoins de revoir la dichotomie consommateur versus producteur en proposant le « consommateur entrepreneur ». Contexte de la crise de 2008 : les « consommateurs entrepreneurs » Une des spécificités de la crise de 2008 consiste dans le fait qu’une majorité de consommateurs américains doit être considérée comme des entrepreneurs, gestionnaires d’un véritable budget prévisionnel, impliqué dans le risque et l’incertitude. En conséquence, les classes moyennes doivent avoir des compétences en matière de finance, à cause de l’importance des emprunts dans leur budget, de l’allongement de l’espérance de la vie, de la durée des remboursements, de la complexité des contrats et surtout des aléas des vies professionnelles et familiales. Pour un ménage ceci se traduit par la possibilité de faire fortune ou, de faire faillite, comme un entrepreneur ! Confortés par une croissance régulière de plusieurs décennies le consommateur a investi dans une production dont il est lui-même le consommateur avec les risques liés aux fluctuations de prix. A l’exclusion des périodes de guerres, les conditions de vie étaient autrefois plus simple et plus stables; Le crédit aux particuliers moins développé car l’immobilier était en majorité locatif et ceux qui s’engageaient dans des emprunts d’immobilier le faisait sans doute de manière plus réfléchie avec, il est vrai, l’inflation des années 60, 70 , 80 pour adoucir les fluctuations négatives. Avec des prix de l’immobilier en constante croissance, le risque de faillite était très faible et comme le rappelle à juste titre Michel Agliétta « quand les prix augmentent, la demande augmente » (La crise). L’activité rationnelle de calcul et celle des anticipations sont (devraient être) un véritable exercice d’équilibriste préalable à toute grande décision; décision à prendre dans le contexte de confiance du moment, ce qui ne simplifie pas les choses. En prenant de l’importance, la composante d’incertitude accroît celle du risque dont la gestion est normalement affaire de professionnels. C’est la raison pour laquelle les banques ont développé des prestations de conseils en gestion de patrimoine avec, heureusement ou malheureusement des objectifs de ventes de crédits de toute sortes. Certes la crise de 2007 a touché en même temps un grand nombre de ménages à risque, à cause de la hausse des taux d’intérêts variables mais il y a fort à parier qu’à l’avenir, les banquiers, approfondiront l’analyse de la situation des ménages avant de donner leur feu vert. Le prêt ne sera plus accordé sur la simple déclaration orale des niveaux de revenu. Pour une meilleure analyse conjoncturelle il conviendrait donc de s’appuyer sur l’hypothèse de comportement du « consommateur entrepreneur ». Contexte et scénario Depuis près de 10 ans la part des salaires dans la valeur ajouté des Etats-Unis décroît régulièrement. On admet que cette tendance est due à l’affaiblissement des revendications salariales dans un contexte de délocalisations réelles, potentielles ou imaginaires; ce contexte expliquera la forte demande de crédit à la consommation avec l’espoir de compenser la baisse ressentie de pouvoir d’achat. A l’issu du 11 septembre, la Banque Centrale américaine décide de baisser les taux d’intérêt afin d’éviter un ralentissement de l’activité qu’elle anticipait compte tenu du choc psychologique des évènements. Dans les mois et années qui suivent, le moral des investisseurs remonte et finalement l’économie se comporte plutôt bien. La conjoncture fait preuve d’optimisme; les Américains consomment beaucoup, y compris des biens importés d’Asie, jeux, écrans plats, ordinateurs… L’optimisme est de rigueur chez les banquiers qui prêtent sans retenue. Puis G. Bush déclare la guerre à l’Irak. Celle-ci contribue à accroître le déficit budgétaire. Le déséquilibre de la banque commerciale par les importations des consommateurs américains et les anticipations de déficit budgétaire exercent sur le dollar une pression à la baisse. Mois après mois, le dollar continu à se déprécier. L’autorité américaine s’en inquiète et décide alors de relever le taux d’intérêt de base. Cette dernière période coïncide malheureusement avec un prix de pétrole en hausse continue depuis plusieurs mois; ce qui a remis au goût du jour la critique de la grosse voiture qui consomme, pollue et sape le moral des Ford, Général Motors et autres Chrysler. La suite, on la connaît : les ménages américains qui avaient pu facilement emprunter à des taux variables bas, pendant les années d’optimisme sont touchés de plein fouet, obligés de revendre leur biens et de limiter leur consommation. Il faut préciser à ce sujet que le montant des crédits de type subprime représente moins de 20 % du montant total des encours de crédit d’immobilier mais par effet de contagion c’est toute la valeur de l’immobilier qui est touchée et donc quasiment toutes les couches de revenus dont les classes moyennes. Pour donner un ordre de grandeur, les subprimes représentaient 1 500 milliards de dollars alors que la totalité des actifs physiques et financiers des américains s’élevaient à 60 000 milliards de dollars. C’est l’importance de ce dernier chiffre et l’impact potentiel des variations de ces actifs qui justifie l’approche « consommateur entrepreneur »; ceux-ci ont subi une chute des prix de l’immobilier de près de 40 %. Puis il y a eu la crise de confiance interbancaire se déclinant en une crise de solvabilité elle-même transformée en crise de liquidité. L’impact sur l’économie dite réelle commence fin 2008 avec la spirale « effet revenu – anticipations négatives », véritable effet domino lié au degré de confiance, accompagnée par le retour à l’aversion du risque et un transfert des actions vers les dépôts et titres publics. Peut on vraiment accuser le libéralisme et le fonctionnement des marchés d’être responsable de la crise actuelle ? - après le choc du 11 septembre, une attitude libérale n’aurait-elle pas été de ne rien faire quitte à accepter une petite récession ? - le contrôle d’une production par un état résulte-t-elle d’un comportement libéral ? La guerre d’Irak n’avait-elle pas pour motivation de renforcer le pouvoir des Etats-Unis dans le but de mieux contrôler la production de pétrole? - la baisse du dollar, devait elle être enrayée ou au contraire, comme le recommande les vrai libéraux ne fallait il pas laisser purger une situation de déséquilibres sans augmenter les taux ? Il y a donc eu trois interventions de politique économique qui ne relèvent pas d’une politique réellement libérale. Par ailleurs la forte volatilité et probablement dans une certaine proportion, la hausse du prix du baril est du au fait que l’OPEP ne compte que sur un ajustement par les prix et non pas sur les quantités. Au quotidien, la production de ceux qui représentent la plus grande partie de l’offre est (a été jusqu’à fin 2008) bridée à un niveau constant, ce qui n’est pas non plus un comportement conforme à celui d’une optimisation en situation de concurrence. Bien d’autres critiques pertinentes à l’égard du libéralisme auraient pu être formulées à l’occasion de cette crise mais le « réflexe règulationniste » a rendu aveugle. La première question à se poser est de savoir quel est le niveau de dégât social que l’on accepte soit dans une crise forte mais relativement courte dans le temps ou bien dans une récession plus longue mais moins forte car régulée. La deuxième question concerne la nature des choses (voir : Homo OEconomicus, calcul temps et choses Theoreco.) de l’après crise; l’économie repartira-t-elle dans sa structure actuelle ou bien y aura-t-il une nouvelle orientation avec un changement des préférences des consommateurs ? Mais, quelle que soit le futur scénario, c’est dans le cadre de l’application des politiques de protection de l’environnent que le problème du libéralisme se posera de manière continue car si les besoins sont en grande partie individuels leur résolution passe par une contrainte collective. Un contrôle de l’activité bancaire pouvait-il éviter la crise ? Il n’est pas sûr que l’excès de crédits à risques aurait pu être détecté, en raison de la règle du secret des affaires et parce que les montages financiers étaient d’une complexité telle que les financiers et les économistes eux mêmes ont mis du temps à comprendre ce qui s’était passé. De plus, grâce à des montages marketing élaborés de produits financiers, « la titrisation constitue un outil de gestion des risques qui donne l’illusion de l’efficacité » (OFCE, Les promesses de l’ombre. scénario 2008-2009 pour l’économie mondiale). Il faut également tenir compte du fait que « les crédits subprimes ont été en large partie accordés par des sociétés financières qui aux Etats-Unis ne sont pas assujetties à la réglementation bancaire. » (Jézabel Couppey-Souberan, CAE) Par ailleurs, les autorités libérales « de droite » se seraient opposées par principe à l’idée d’un contrôle bancaire alors que, le tempérament de « gauche » aurait condamné des restrictions de crédit vers les catégories les plus défavorisées. Mais surtout, lorsque l’on s’est rendu compte que l’impact du 11 septembre sur l’économie n’a pas été aussi fort que ce que l’on craignait, il régna aux Etats-Unis une période d’optimisme solide. Dans une telle conjoncture, les pessimistes perspicaces n’ont pas vraiment été écoutés; reste à savoir pourquoi alors que dans le monde de la finance régnait l’obsession du court terme. « Il faudra expliquer précisément pourquoi les banques américaines, les financiers américains se sont laissés aller à distribuer, aussi massivement et sans aucun discernement, des crédits de toutes sortes. En période normale, l’organisme de crédit immobilier aurait trouvé un arrangement avec son emprunteur. Il aurait fait jouer une assurance ou alors au pire, il aurait fait vendre la maison qui compte tenu de la hausse régulière des prix de l’immobilier se serait vendues plus chère qu’elle n’avait coûté. Du coup, tout le monde serait retombé sur ses pieds. Sauf qu’en 2007, en raison du nombre d’impayés….. » (Olivier Pastré, Jean-Marc Sylvestre, le roman vrai de la crise financière). Quoi qu’il en soit le choc, a été tel que, avec ou sans réglementation, on est en droit de penser qu’à l’avenir les banques se contrôleront elle-même mais que, la prochaine bulle éclatera dans une ou deux générations en ayant complètement oublié les leçons du passé. Bernard Biedermann
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