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La monnaie dévoilée par ses crises Collectif sous la direction de Bruno Theret Editions de l’EHESS, 2008, 2 volumes, 800 pages.
L’ouvrage restitue les recherches de vingt-deux économistes et historiens, coordonnées par Bruno Theret. Rompant avec le fonctionnalisme monétaire, qui réduit la monnaie à l’état d’instrument des échanges marchands, le groupe se livre à une approche pluridisciplinaire d’une trentaine de crises, observées au cours de vingt-cinq siècles sur trois continents. Les situations de crise permettent de « dévoiler » la véritable nature de la monnaie, qui repose sur le « trépied » de la dette, de la souveraineté et de la confiance. La « monnaie-dette » favorise les interdépendances et la reproduction sociales : la « dette de vie » sociale et fiscale contractée par chaque humain de sa naissance à sa mort, est transmise entre générations grâce à la monnaie, qui contribue ainsi à pérenniser le groupe social. Elle exige trois formes de confiance, dans ses pratiques (confiance méthodique), dans ses garants (confiance hiérarchique) et dans des normes sociales (confiance éthique). La première forme assure sa fonctionnalité, la seconde, sa légalité et la troisième, sa légitimité.
Les auteurs sont conduits à distinguer, d’une part, trois fonctions-types - unité de compte, système de monnayage (ou de règles), moyen de paiement - et d’autre part, trois états de la monnaie - incorporés (dans les schémas mentaux), institutionnalisés (par les Etats) et objectivés (sur différents supports). Ils identifient quatre formes de crises: deux « petites crises » de légitimé de la souveraineté (comme la crise allemande sur la période 1945-1948) ou de légitimation de son exercice (la crise russe des années 1990) ; deux « grandes crises » (dites externes) de souveraineté endogène (les crises brésilienne et argentine de 1984-1993) ou exogène (la crise cubaine de 1993-2001). La monnaie peut être ainsi considérée comme « un fait mental et social, individuel et collectif, universel et spécifique, matériel (la monnaie métallique), immatériel (les monnaies fiduciaire et électronique) et idéel (la « monnaie-signe ») »; à ce titre, elle est un « langage », un « capital symbolique ou culturel », un « fait social total ». Un ouvrage incontournable pour celles et ceux qui souhaitent comprendre en profondeur les natures profondes des crises monétaires d’hier et d’aujourd’hui.
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