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Catégorie : Nadia Antonin
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La technologie blockchain ou "chaîne de blocs" a été conçue en 2009 pour la création du Bitcoin, monnaie virtuelle ne dépendant d’aucune banque centrale ou institution financière  et protocole d’échange totalement anonyme basé sur le réseau « peer to peer » (« pair à pair »).

Malgré les réticences à l'égard de cette monnaie virtuelle qui échappe à tout contrôle étatique  (notamment aux autorités monétaires) , qui attise la convoitise des hackers et qui facilite le blanchiment d’argent ou l’évasion fiscale en raison de son manque de traçabilité et son anonymat, la blockchain (moteur de base du bitcoin) constitue pour certains un "nouvel eldorado numérique". "Parce qu'elle permet de créer des bases de données sécurisées et partagées entre tous les participants d'un réseau, elle pourrait changer la manière de concevoir beaucoup de métiers", affirme Christophe Chazot,  directeur de l'innovation pour le groupe HSBC.

1. Le concept de blockchain

La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle. Par extension, une blockchain constitue une base de données qui contient l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Cette base de données est sécurisée et distribuée : elle est partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité de la chaîne.

Alain Bensoussan, avocat, en donne la définition suivante : "Technologie de stockage numérique décentralisée, sécurisée et induisant un coût de transmission minime. Il s’agit d’une base de données ou registre regroupant la liste de tous les échanges effectués entre les utilisateurs de la blockchain depuis sa création".

Dans la "Revue de Stabilité financière" d'avril 2016, la Banque de France précise que la blockchain "consiste à s'appuyer sur un registre distribué des transactions et sur une communication entre les acteurs par un mécanisme de type pair à pair. Elle permet l’échange d’informations de manière sûre au sein d’une communauté donnée, sans que l’intervention d’un tiers de confiance soit nécessaire".

Il existe deux grandes catégories de blockchain : publiques et privées. Les blockchains publiques sont des réseaux ouverts, des bases de données consultables par tous. Les blockchains privées sont utilisées dès que l'identité des participants est requise pour participer à un réseau d'échange.

La blockchain ne concerne pas uniquement les métiers de la banque et de la finance mais également ceux du notariat, de l'assurance, de la santé, de la location ou vente de voitures, etc.

antonin blockchain 1Source : Banque de France

2. Fonctionnement

La Banque de France, dans son étude intitulée "La blockchain" fournit une description simplifiée du processus.

 antonin blockchain 2Source : Banque de France

Chaque partie à la transaction est identifiée via un procédé cryptographique asymétrique, ce qui signifie que chacune possède une paire de clés, une clé publique et une clé privée qui sont sauvegardées dans un fichier. La clé privée sert à signer la transaction et fournit la preuve mathématique qu'elle provient du véritable propriétaire. La signature permet également d'empêcher toute modification de la transaction. Cette dernière est confirmé par le réseau via le procédé du minage ("mining") (voir glossaire).

Chaque transaction est entièrement chiffrée et représentée par un bloc qui s'inscrit sur un registre des échanges. Chaque nouveau bloc est vérifié par les utilisateurs, qui participent ainsi à la sécurisation des échanges. Le bloc validé est alors horodaté et ajouté à la chaîne de blocs, ce qui crée un enregistrement permanent, transparent et infalsifiable.

3. Les expériences

Le groupe BNP Paribas a créé en 2015 un laboratoire blockchain et en avril 2016 BNP Paribas Securities s'est allié à la plateforme de financement participatif ("crowdfunding") en equity SmartAngels pour appliquer la technologie blockchain aux opérations financières des entreprises non cotées.

Des banques internationales ont signé un partenariat avec la société américaine R3 pour l'utilisation de la blockchain sur les marchés financiers.

Le groupe Caisse des dépôts a lancé en décembre 2015 un "laboratoire d'innovation" sur la nouvelle technologie blockchain.

Fin mars 2016, Emmanuel Macron a accepté une adaptation de la règlementation financière afin de permettre l'expérimentation de blockchains dédiées au marché des bons de caisse, appelés désormais "minibonds".

En avril 2016 aux Etats-Unis, "Follow My Vote" a lancé une campagne de financement participatif pour le développement d'une solution logicielle open source fondée sur la technologie blockchain, assurant la sincérité des résultats.

4. Aspects juridiques

N'étant pas contrôlée par une autorité étatique et reposant sur l'anonymat, la technologie blockchain nécessite un encadrement juridique pour éviter d'être utilisée à des fins illicites.

Quid des risques liés à la confidentialité des données à caractère personnel en l'absence de toute règle gouvernant une blockchain publique ?

Qu'en est-il de la problématique en matière de la fiabilité de la preuve numérique ou de la responsabilité en cas de mauvaise certification ? En d'autres termes, à qui incombera la faute en cas d'erreur de certification ?

5. Conclusion

La blockchain est pressentie comme une innovation majeure susceptible de révolutionner de nombreux domaines économiques et sociaux. Toutefois, il est primordial d'avancer prudemment car cette nouvelle technologie présente des limites : voir notamment les enjeux sécuritaires, juridiques, de gouvernance et écologiques.

6. Glossaire

Clé privée : Partie non divulgable, et donc à usage exclusif de son détenteur, du jeu de clés nécessaire au fonctionnement d'un algorithme cryptographique asymétrique.

Clé publique : Partie divulgable du jeu de clés nécessaire au fonctionnement d'un algorithme cryptographique asymétrique.

Cryptomonnaie : Monnaie virtuelle décentralisée émise par une communauté d'utilisateurs à l'aide d'algorithmes de chiffrement.

Minage : Procédé consistant à créer et à assurer la circulation de la cryptomonnaie à l'aide d'algorithmes de chiffrement.

Mineur : Personne qui crée la cryptomonnaie à l'aide d'algorithmes de chiffrement.
Note : Le mineur est rémunéré en cryptomonnaie en contrepartie du service rendu.

Nœud de stockage : Ordinateur relié à un réseau et utilisant un programme relayant les transactions.

"Proof of work" : Traitement cryptographique permettant la validation des blocs de transactions.

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