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Catégorie : Nadia Antonin
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Certaines activités comme celles liées aux jeux et aux paris, à la finance parallèle ont su tirer profit de l'économie virtuelle ayant pour support internet. Ainsi, dans le domaine des jeux et des paris, internet a mis fin au contrôle règlementaire exercé sur ce secteur et a laissé s'épanouir toutes sortes de pratiques délictueuses. Dans le domaine bancaire et financier, on a vu se développer aux Etats-Unis à partir des années 1990, un système bancaire parallèle (voir glossaire) ou "shadow banking system" que d'aucuns accusent d'être à l'origine et responsable de la propagation de la crise des "subprimes". Pour Vitor Constancio, vice-président de la Banque centrale européenne (BCE), la forte croissance du système bancaire parallèle est susceptible de menacer la stabilité financière en zone euro. Toujours aux Etats-Unis, il y a une dizaine d'années, le gouvernement a créé le "darknet" pour tenter de sécuriser les conversations internes. Mais ce réseau privé virtuel a dépassé l'objectif fixé à l'origine.  Désormais, certains l'assimilent aux activités clandestines, anonymes et illégales menées en ligne. Face aux menaces que représente le "darknet", la question se pose de savoir s'il faut l'interdire ?

1. Le concept de "darknet"

L'origine du terme "darknet" vient d'un article écrit en 2002 par Peter Biddle, Paul England, Marcus Peinado et Bryan Willman, quatre employés de Microsoft : "The Darknet and the Future of Content Distribution".

L'office québécois de la langue française assimile le "darknet" aux activités clandestines, anonymes et illégales menées en ligne. A cet égard, Bernard Debré, médecin et parlementaire, a testé ce site et en conclut que l'on dispose "d'un supermarché de tout. Des kalachnikovs, des faux billets, de la cocaïne, des numéros de cartes de crédit, etc. (...). Les paiements sur ce site ne s'effectuent pas par carte bleue afin de rester dans l'anonymat mais en bitcoin, une monnaie virtuelle qui échappe à tout contrôle étatique et notamment aux autorités monétaires, et qui attise la convoitise des hackers. Par ailleurs, le manque de traçabilité et l'anonymat procuré par le dispositif "bitcoins" en font, comme pour le "darknet", un instrument très pratique pour le blanchiment d'argent.

Le "darknet" est accessible via des logiciels "open source" confidentiels comme "TOR" (The Onion Router) ou Freenet, qui permettent de garder un certain anonymat.

2. "Darknet" et cybercriminalité

Le commerce de drogues, d'armes, de faux billets passe de plus en plus du web traditionnel au "darknet". Il en résulte une anonymisation et un codage des données qui rendent difficiles l'identification des internautes.

Le premier rapport annuel d'EC3 (European Cybercrime Centre) met en évidence le rôle des réseaux "darknet" qui sont utilisés par les criminels pour vendre en ligne des produits illicites (drogues, armes, biens volés, données personnelles, carte de paiement volées, faux documents d’identité…). Cet « Internet caché » est devenu le moteur principal de la cybercriminalité qui représente un défi très complexe pour les autorités de contrôle.

Comment réagir face aux dangers de ce réseau virtuel privé que constitue le "Darknet" ? Faut-il l'interdire ?

Philippe Rennard, Professeur à Grenoble Ecole de Management et interviewé par Challenges en juin 2016, répond que "sans darknet, il n'y aurait plus de lanceurs d'alerte et de dissidents politiques en Chine ou en Iran". Pour ce professeur, les "darknets" sont des outils qui peuvent être fondamentaux en matière de liberté d’information. Il conclut son interview en  affirmant que "dans tous les cas, il existera toujours des darknets, car il n'existe aucun moyen technique de les interdire".

Cela étant, le "darknet" est pointé du doigt par les politiques. Face à une cybercriminalité qui ne cesse de croître, les dispositifs de lutte contre tous les crimes et infractions via internet ne devraient-il pas envisager l'interdiction du "darknet" ?

3. Glossaire

Blanchiment d’argent : Processus qui consiste à injecter de l'argent d'origine criminelle dans les circuits réels ou fictifs d'une activité en apparence respectable afin d'en dissimuler l'origine.

Cybercriminalité : Ensemble des infractions pénales qui sont commises via les réseaux informatiques, notamment, sur le réseau Internet.

Monnaie virtuelle : Monnaie non régulée et numérique, qui est émise et habituellement contrôlée par ses développeurs, et qui n’est acceptée que par les membres d’une communauté virtuelle bien spécifique. (Source : BCE).

Système bancaire parallèle : Système regroupant différentes catégories d'acteurs et de produits financiers qui échappent à toute forme de réglementation ou de surveillance spécifique.

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