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Catégorie : Nadia Antonin
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En 2008, la crise des « subprimes » avait été prise à bras-le-corps par nos dirigeants pour éviter un effondrement général. Nous avions pu ainsi sortir de la crise financière grâce notamment à l'implication de la Banque de France qui, en sa qualité de prêteur en dernier ressort, avait permis aux banques en difficulté d'éviter le dépôt de bilan et, au-delà, d'empêcher une propagation de faillites en chaîne déstabilisant tout le système de paiement et de crédit.

Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une crise sanitaire due à l’apparition d’un virus dans la ville de Wuhan, au centre de la Chine. Baptisé temporairement « 2019-nCoV », ce virus est appelé désormais Covid-19. La Chine a pris des mesures de quarantaine et de désinfection, mais le virus s’est répandu partout dans le monde, sans doute en raison entre autres des nombreux déplacements de personnes qui n’ont pas été interrompus malgré l’annonce de l’épidémie. Il suscite la psychose et ébranle l’économie mondiale.

Le point crucial consiste à s’interroger sur la sortie de crise car comme l’écrit le grand reporter international  Renaud Girard dans une chronique publiée le 23 mars 2020 dans le Figaro : « La France ne doit pas mourir guérie ! ».

1. Situation de la France à l’aube de la crise du coronavirus

A. Les politiques économiques menées par la France ...

Avant la crise, la France accusait un taux de chômage élevé de 8,2% au quatrième trimestre 2019 comparé à l’Allemagne (3,1 %) et au Royaume-Uni (3,7 %), un blocage du marché du travail, un fort taux d'endettement, un profond déséquilibre de la balance commerciale, une croissance "molle", une menace du régime des retraites, un déficit des comptes sociaux, ... Tous ces maux ont conduit à un profond malaise sociétal, à une société française en état de stress.

Concernant le taux d’endettement en particulier, la dette publique de la France au sens du Traité de Maastricht atteignait 2 415,1 milliards d’euros à la fin du troisième trimestre 2019 et pesait 100,4 % du PIB alors qu’en Allemagne, le montant de la dette publique pour la même période était de 2 086,5, soit 61,20 % du PIB. L’écart de taux d’endettement entre la France et l’Allemagne est de 39,2 % ! La Commission européenne insiste sur le niveau très élevé de l’endettement de la France. En novembre 2019, elle soulignait que le projet de loi de finances était éloigné des objectifs qui lui avaient été fixés. La France est l’un des seuls Etats de la zone euro qui n’a pas réussi à contenir sa dette publique depuis la sortie de la crise financière de 2008.

A ces mauvais indicateurs qui sont à l’origine du « mal français » se greffe la « faillite du système de santé publique » (cf. Gwenaël Frassa, chef des urgences dans un hôpital toulousain). La situation des services d’urgence s’est nettement dégradée en France et notre système de santé s’est détérioré. Selon la Convention Health Analysis and Management (octobre 2018), le système de santé français se classe bien après la Suède, l'Allemagne, le Danemark et les Pays Bas. De son côté, l'Institut de Recherches Économiques et Fiscales (IREF) a montré aussi, dans une étude comparative de 2017, que malgré ses substantielles dépenses dans ce domaine, la France est loin d'avoir le meilleur système de santé en Europe. Dans son livre blanc intitulé « Nous nous sommes tant trompés », Jean-Charles Grelier, avocat au barreau du Mans, fustige la politique de santé menée en France. Une logique comptable qui, selon lui, a conduit notre système de santé au bord du gouffre. La France est « malade de son système de santé ».

Enfin, certains politiques dénoncent le fait que les politiques économiques et sociales menées par la France sont révélatrices de la bureaucratisation d’un Etat trop jacobin. Parmi ces politiques, on peut citer le groupe Cincinnatus qui veut en finir avec ce type de gouvernance. Ce dernier juge que la nouvelle majorité issue des élections de 2017 a « amplifié la vision centralisatrice et jacobine, consistant à transformer les citoyens, les entrepreneurs, en simples spectateurs, et à confier la décision politique à des hauts fonctionnaires non élus et loin du terrain » (...). Le groupe rajoute : « Face à cet Etat-nounou incapable, mais qui continue à se mettre en scène dans une entreprise de communication orwellienne, nous devons réaffirmer des valeurs fortes de liberté, de responsabilité et de solidarité ». Il préconise de redonner plus d’autonomie aux entrepreneurs, de réduire la bureaucratie et la dépense publique et de recentrer l’Etat sur ses missions régaliennes qu’il a désertées comme le contrôle de l’immigration, la sécurité, la justice. Il y a quarante ans, Alain Peyrefitte écrivait dans le « Mal Français » : « Ce ne sont pas les Français qui sont ingouvernables. C’est le réseau français d’autorité qui ne permet pas de les gouverner ».

B. ... ne lui ont pas permis d’être prête pour affronter la crise du coronavirus

Selon un sondage Elabe effectué le 25 mars 2020, 73 % des Français pensent que la France n’était pas prête pour faire face au coronavirus. En outre, une majorité d’entre eux estiment que nos dirigeants ont trop tardé à prendre les mesures nécessaires et que la crise est mal gérée. Pour le professeur Alain Bauer, « Les occidentaux ont regardé la Chine les bras croisés » et pour Frédéric Bizard, économiste des questions de santé, professeur à l’ESCP et président de l’Institut Santé, « il y a eu un retard à l’allumage. L’Etat a attendu fin février pour passer les commandes de masques Si on s’aperçoit que les stocks stratégiques sont vides, il aurait fallu agir dès le 30 janvier, quand l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a décrété l’urgence sanitaire internationale ». De son côté, Nicolas Baverez, dans un article intitulé « Le déconfinement, une urgence nationale », confirme que la « France, faute d’anticipation et de réactivité de l’Etat, de matériel de protection, de lits de réanimation, n’a eu d’autre choix face à l’épidémie de coronavirus que de mettre en place le confinement général de sa population, contrairement aux démocrates d’Asie ou à la Suède ». Enfin, dans une note transmise en 2016 à M. Emmanuel Macron, alors candidat à la présidence de la République, le professeur Salomon, aujourd’hui directeur général de la santé, avertissait que la France n’était pas prête face « aux risques majeurs de catastrophe ». C’est dommage qu’il n’ait pas réitéré l’alerte. La France doit aujourd’hui gérer la pénurie.

C. Les conséquences économiques et sociales du confinement

D’après un « policy brief » du département « Analyse et prévision » de l’Observatoire français des conjonctures économiques qui évalue au 30 mars l’impact économique de la crise du coronavirus et des mesures de confinement en France, l’épidémie devrait entraîner la perte de 2,8 points de produit intérieur brut (PIB) par mois, soit 65 milliards par mois. Pour l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), un mois de confinement représente une perte de 3 points de PIB annuel. Les économistes de cet institut poussent un cri d’alarme dans une étude publiée le jeudi 23 avril 2020 : « Comme un organisme placé sous anesthésie, l’économie française n’assure plus que ses fonctions vitales ».

Dans son enquête mensuelle de conjoncture menée du 27 mars au 3 avril auprès de 8 500 entreprises, la Banque de France estime la perte d’activité sur une semaine-type de confinement à −32 % dans l’ensemble de l’économie. Dans le secteur industriel, ce sont notamment l’industrie automobile et la métallurgie qui ont subi de plein fouet la crise. Les industries agro-alimentaires ou pharmaceutiques ont été relativement préservées. Dans le domaine du bâtiment, l’activité s’est encore plus dégradée. Dans les services, le recul le plus important concerne l’hébergement et la restauration tandis que les services aux entreprises - dont l’informatique - résistent beaucoup mieux.

En termes de santé publique, les malades hésitent à se rendre chez leur médecin, les traitements parfois sérieux sont repoussés, le taux de stress ou d’anxiété augmente. Par ailleurs, l’OMS pense que la consommation nocive d’alcool, l’usage de drogues, et les comportements auto-agressifs ou suicidaires devraient s’accroître.

Enfin, la crise du coronavirus va accroître les écarts entre pays notamment au sein de l’Europe. Alors que des pays comme l’Allemagne, la Suède, l’Autriche ou la Suisse ont accéléré la sortie du confinement, la France l’a prolongé. La prolongation du confinement dans notre pays va freiner la reprise et peser lourdement sur le chômage et le surendettement.

« Les conséquences du confinement ne doivent pas être plus néfastes que la pandémie elle-même », déclare Renaud Girard dans une interview. Il appelle la France à passer à l’offensive et à déployer une stratégie ambitieuse.

2. Pour une stratégie offensive à la sortie du confinement

A. Les mesures sanitaires

Comme certains pays l’ont mis en œuvre avec succès, il est impératif de nettoyer et de désinfecter les transports ainsi que les espaces publics qui sont très sales, d’effectuer des tests de dépistage à large échelle, de fournir des masques à la population et de fermer nos frontières.

Par ailleurs, il parait judicieux de demander aux entreprises et organismes qui le peuvent de poursuivre le télétravail après la fin du confinement afin de désengorger les transports. En effet, pour certains métiers la présence physique n’est nullement indispensable. Le télétravail ayant concerné 8,2 millions de travailleurs (soit environ un tiers des actifs et sept fois plus que d’habitude) pendant le confinement, sa poursuite devrait sensiblement diminuer le nombre de personnes dans les transports, d’autant plus que cette organisation du travail touche surtout les grandes villes et notamment Paris.

La « réunionite » chronique est devenue une véritable maladie dans les entreprises. Elle constituerait une spécialité française. A cet égard, nombreux sont les salariés qui estiment que les réunions peuvent être nuisibles car, souvent interminables, elles leur font prendre du retard dans leurs dossiers et les obligent à travailler plus d’heures que nécessaire. Durant la période de confinement, les réunions physiques étant, il va de soi, impossibles, les entreprises et les organisations ont eu recours à la visioconférence. Lors du déconfinement, nous pourrions continuer à utiliser ce type de système et éviter les réunions physiques.

B. Le retour du civisme et de la confiance

En France, d’aucuns évoquent non seulement l’absence d’application du principe de précaution mais également un manque de maîtrise de la crise du coronavirus. Quelles en sont les raisons hormis les problèmes matériels : manque cruel de tests, de masques, de gels hydroalcooliques, de lits, de places ?

Dans les pays comme la Corée du Sud, la Suède, l’Allemagne par exemple, l’épidémie a été maîtrisée grâce notamment au civisme et à la confiance de la population envers les dirigeants. En revanche en France, la crise sanitaire a affecté profondément le moral des français et accru la défiance. C’est ce que révèlent plusieurs études, notamment le baromètre réalisé par OpinionWay pour le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) et le département d’économie de Sciences Po, en collaboration avec l’Institut Montaigne, la Fondation Jean-Jaurès, la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) et Terra Nova. Par conséquent, si nous voulons sortir de cette crise sanitaire, il faut rétablir ces deux valeurs qui ont hélas disparu dans notre pays. Pour Marcel Merle, sociologue des relations internationales, « ranimer la démocratie défaillante, éclairer tant que faire se peut la lanterne des citoyens, ce sont là deux conditions nécessaires et suffisantes pour favoriser les « sentiments qui font le bon citoyen » ainsi que l’attachement à la cité, à la patrie ». Quant à la confiance, elle est un signe de foi dans l’avenir, un élément indispensable de la vie sociale : quand la confiance irrigue une communauté, elle la protège de ses tourments.

Pour réinstaurer la confiance, il faut surtout éviter les discours contradictoires. A titre d’exemple, on ne peut affirmer au départ que le port des masques est inutile pour déclarer quelques semaines plus tard que celui-ci va devenir obligatoire dans les transports notamment et ce, dans un contexte de pénurie. Autre exemple : au début de l’épidémie, d’aucuns parlaient de « grippette » . Quelques temps après, les discours étaient devenus très alarmistes.

C. Mobiliser les efforts pour gagner la « guerre économique » contre le coronavirus

La crise du coronavirus qui nécessite des efforts de tout un chacun doit faire renaitre la confiance, le sens du sacrifice et la dignité. En effet, l’accroissement de l’assistanat en France a plongé certains dans un état d’apathie et de paresse. Durant cette crise, nombreux sont ceux qui continuent à attendre une aide de l’Etat providence et ne sont pas prêts à faire des efforts. Lorsque certains hommes politiques ou autres évoquent le besoin de travailler un peu plus (37h au lieu de 35h par exemple) pour faire redémarrer notre industrie, nos commerces et nos services et retrouver ainsi la croissance, nous assistons à une levée de boucliers. Marc Ivaldi, professeur à l’École d’économie de Toulouse (Toulouse School of Economics) proposent même de « ne pas prendre de vacances pour relancer la machine économique ». Il signale « qu’il a été observé des dérives dans l ‘usage du chômage partiel avec des pressions des entreprises pour faire réaliser du travail à domicile alors qu’officiellement leurs collaborateurs sont en chômage partiel ». En tout état de cause, il faudra consentir quelques sacrifices au niveau du temps de travail si l’on veut sortir du marasme qui menace notre économie. Pour les défenseurs de la valeur-travail, le travail reste une valeur centrale, une valeur morale, un devoir, la seule liberté dont dispose l'individu, la véritable source du mérite et de la dignité, la condition de la prospérité sociale ... « Un homme courageux compte sur ce qu’il peut gagner par son travail, et non sur ce qu’il peut emprunter aux autres » (G. Bruno).

Pour empêcher notre économie de rester totalement à l’arrêt, certains ne se sont pas cantonnés aux aides de l’Etat. Ainsi, dans le secteur agricole, la filière s’est mobilisée pour alimenter les Français en produits locaux (vente directe, Association pour le maintien d’une agriculture paysanne/AMAP, ...). Dans le secteur secondaire, de nombreux industriels, notamment du textile, ont proposé leurs services pour la fabrication de masques. Enfin, dans le secteur des services, des chefs cuisiniers dont des chefs étoilés ont joué la carte de la cuisine à emporter. Grâce à eux, le monde de la gastronomie a continué à tourner. De même, les chocolatiers se sont lancés dans la livraison à domicile des chocolats de Pâques commandés sur leur site.

En résumé, pour gagner la « guerre économique » contre le coronavirus, il faut rassembler ses forces pour relever les défis : l’heure n’est pas à penser aux vacances d’été.

3. Conclusion

Les phénomènes de mondialisation et la progression spectaculaire des échanges mondiaux au cours du XXème siècle n’ont fait que multiplier sur une vaste échelle les risques biologiques comme les pandémies. D’aucuns parlent du coronavirus comme la maladie de la mondialisation. En d’autres termes, la crise du coronavirus comme les crises précédentes est la conséquence d’un monde interdépendant dans lequel nous sommes passés du concept « d’Etat-nation » à celui « d’espace-monde ». Dès lors, eu égard à notre inquiétante dépendance vis-à-vis de l’étranger pour des secteurs stratégiques, de nombreuses voix s’élèvent pour relocaliser la production sur notre territoire.

4. Glossaire

Bureaucratisation : Extension excessive du pouvoir de l’Administration, de ses bureaux.

Dette publique : Au sens du Traité de Maastricht, ensemble des dettes contractées par les administrations publiques : administrations centrales, administrations locales et administrations de sécurité sociale.

État-nation : Juxtaposition du concept nation qui regroupe les personnes se considérant liées entre elles et celui d’Etat en tant qu’organisation politique.

Jacobin : Ardent partisan d’une démocratie centralisatrice et révolutionnaire.

Pandémie : Épidémie qui touche la population de tout un continent, voire du monde entier.

Prêteur en dernier ressort : Fonction consistant pour une banque centrale à disposer du pouvoir d'octroyer des liquidités de manière illimitée à une ou plusieurs banques en difficulté, afin de leur éviter le dépôt le dépôt de bilan et, au-delà, d'empêcher une propagation de faillites en chaîne qui déstabiliserait tout le système de paiement et de crédit.

Principe de précaution : « Directive de politique juridique qui, pour la sauvegarde d’intérêts essentiels (protection de la santé publique, de l’environnement) recommande (aux gouvernants en particulier) de prendre, à titre préventif, des mesures conservatoires propres à empêcher la réalisation d’un risque éventuel, avant même de savoir avec certitude que le danger contre lequel on se prémunit constitue une menace effective » (Gérard Cornu).

Télétravail : « Forme d’organisation et/ou de réalisation du travail, utilisant les technologies de l’information dans le cadre d’un contrat de travail et dans laquelle un travail, qui aurait également pu être réalisé dans les locaux de l’employeur, est effectué hors de ces locaux de façon régulière » (Accord national interprofessionnel).

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