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Catégorie : Nadia Antonin
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Un objet connecté est un objet électronique capable de communiquer avec un autre objet (souvent un ordinateur, une tablette ou un smartphone). Cette communication permet à l’objet d’envoyer ou de recevoir des informations via une connexion internet. On parle alors d’internet des objets (« Internet of Things »/IoT). Ce dernier, qui représente une extension d’internet à des éléments du monde physique, regroupe trois natures d’appareils : les objets directement connectés à internet, la communication de machine à machine (M2M) et les terminaux communicants comme les tablettes ou les smartphones. Pour Christophe Alcantra, enseignant chercheur en sciences de l’information et de la communication à Toulouse, les objets connectés représentent « une vraie colonisation numérique ». Ils sont très proches de l’intimité des personnes et constituent une mine d’or pour les pirates (« hackers ») qui peuvent utiliser les données personnelles et confidentielles à des fins malveillantes.

Cette « colonisation numérique » s’accélère. « Tout objet pourra devenir un terminal de paiement, grâce au rapprochement entre Internet des objets et Internet des paiements » déclare Corinne Estève Diemunsch, directrice marketing et communication chez Limonetik.

Après avoir analysé les enjeux et les risques de l’Internet des Paiements, nous verrons que le paiement en espèces a encore des beaux jours devant lui en France.

1. Les enjeux de l’Internet des paiements (IoP) et les risques potentiels

A. Les enjeux et les défis de l’Internet des paiements

Un rapport de recherche mené en mars 2017 par IDC Financial Insights et sponsorisé par l’Electronic Transactions Association (ETA) et Intel, avait examiné de près l’Internet des objets pour expliquer le changement de paradigme dans l’industrie des paiements. Avec l’Internet des paiements, tout paiement pourra être possible à partir de n’importe quel objet connecté.

La naissance de l’Internet des paiements a été stimulée grâce au développement de l’Internet des objets. D’après ce rapport, le nombre de transactions IoP aux Etats-Unis devrait s’accroître de 125% au cours des prochaines années. D’ici 2022, 7,5 milliards de dollars de nouvelles transactions devraient être suscitées aux États-Unis via l’IoP.

Les grands acteurs du marché des services financiers commencent à développer et à affiner des solutions permettant aux fabricants d’appareils d’intégrer des fonctionnalités de paiement sécurisées dans la fabrication des appareils connectés.

L’Internet des paiements permet le traitement des paiements sur de nombreux types d’appareils IoT tels que les automobiles, les appareils électroménagers et les articles vestimentaires. Ainsi par exemple, Chevrolet s’est associé à Shell pour lancer une nouvelle fonctionnalité qui permet aux conducteurs de payer l’essence à partir de l’écran d’info-divertissement de leur véhicule.

Les protocoles qui régissent l’IoP doivent encore évoluer mais lorsqu’ils sont couplés au nuage, aux mégadonnées (« big data »), à l’intelligence artificielle et à la biométrie, ils ont le potentiel pour devenir le prochain secteur économique à forte croissance.

Au fur et à mesure que les marchés des paiements vont se transformer, ce sont les banques les plus agiles et les plus ouvertes qui vont en retirer les bénéfices . Au début, les consommateurs vont hésiter - et cela se comprend tout à fait - à donner leur numéro de carte de crédit à leur réfrigérateur. Les fournisseurs de services de paiement vont alors rechercher des solutions pour fournir des données très détaillées concernant les transactions effectuées. De nombreuses sociétés de cartes de crédit ont déjà introduit la transformation en jetons (« tokenisation » ) pour permettre aux appareils d’effectuer et de suivre les achats.

Corinne Estève Diemunsch, dans son article intitulé « Voyage au cœur de l’Internet des paiements » écrit : « De la montre connectée, à l’appareil électroménager, ou encore au véhicule, chacun pourrait devenir demain un potentiel terminal de paiement. […] L'internet des paiements s'est immiscé dans nos maisons, habite nos sacs, s'invite dans notre quotidien sans que nous en ayons totalement conscience. Il est devenu au fil des mois notre meilleur ami ». L’IoP entraîne un bouleversement de notre vie quotidienne : il envahit notre quotidien pour le « faciliter ».

Cela étant, il ne faut pas aller trop vite dans le déploiement de cette technologie. Il n’est pas souhaitable de faire les mêmes erreurs que celles observées dans le domaine de l’IoT. En effet, comme le révèle un rapport d’IBM, « l’IoT se déploie plus vite qu’il ne peut être sécurisé ». « L'Internet des objets ne peut pas devenir simplement l'internet des menaces ».

En résumé, la course frénétique à l’innovation ne doit pas faire perdre de vue que trop souvent les constructeurs négligent la sécurité des dispositifs connectés et de leurs infrastructures, convoitant uniquement un profit immédiat.

B. Les risques potentiels

Le développement de l’IoP ne va pas échapper hélas à la cybercriminalité qui ne cesse d’augmenter. En d’autres termes, nous ne sommes pas à l’abri d’une multiplication des risques. Les principaux risques sont les suivants :

2. Résistance des espèces (« cash ») face à la numérisation des paiements

A. État des lieux du paiement en espèces

Les innovations technologiques dans le domaine des moyens de paiement conduisent à une baisse notable de la part des paiements en espèces, au point que certains annoncent l’avènement d’une société sans espèces. Cela étant, de nombreuses enquêtes et études révèlent que l’argent liquide a encore de beaux jours devant lui. Comme l’indique Christophe Baud-Berthier, directeur des activités fiduciaires à la Banque de France, « les espèces sont menacées parce que l’usage qui en est fait dans les paiements recule indéniablement mais sa part relative reste très importante ». Ainsi, une étude intitulée « Moyens de paiement et monnaie fiduciaire » publiée dans le Bulletin de la Banque de France de novembre -décembre 2020, affirme que « la disparition des espèces n’est pas à l’ordre du jour. La Banque de France continuera de veiller à un accès satisfaisant aux espèces pour tous ainsi qu’au respect du cours légal – c’est-à-dire à l’interdiction pour un commerçant de refuser un paiement en espèces – au nom de la liberté de choix du moyen de paiement qui doit être laissée au consommateur ». En outre, selon une vaste enquête qu’a menée la Banque centrale européenne (BCE) en 2019 sur les comportements de paiement dans la zone euro (« Study on the Payment Attitudes of Consumers in the Euro area – SPACE »), les espèces restent le moyen de paiement privilégié des Français. En 2019, elles ont été le moyen de paiement le plus utilisé en France (et dans l’Eurosystème) en magasin et entre particuliers : leur part s’élève à 59% en France (73% en zone euro) alors que les paiements par carte ne représentent que 35% des transactions (24% en zone euro). L’essor du paiement sans contact ne dissuade pas les Français de payer en espèces.

Ces dernières années, les banques et les pouvoirs publics ont pris position, pour une diminution des espèces non seulement en France mais également dans l’Union européenne. Cette volonté s’est traduite par la conduite de nombreuses politiques en faveur d’une dématérialisation complète et d’une société sans espèces. La Suède en est un bon exemple. Ainsi, pour les économistes, ce pays était bien parti pour devenir une société sans espèces d’ici 2030. Selon les données de la banque centrale suédoise, quatre transactions sur cinq sont réalisés par voie électronique. Le paysage des paiements est tel que si des personnes sans domicile fixe (SDF) veulent recevoir des dons, ils affichent un QR Code ou un identifiant Swish sur une pancarte. Mais aujourd’hui , la Suède fait marche arrière non seulement pour des raisons de justice sociale mais également pour des questions de sécurité (crainte des cyberattaques) et de protection de la vie privée (peur du traçage dans les achats).

B. Plaidoyer pour la non-disparition des espèces

La disparition des espèces soulève des questions majeures en termes de droits fondamentaux, de protection de la vie privée et d’inclusion sociale.

Concernant les arguments de justice sociale, Erick Lacourrège, directeur général des services à l’économie et du réseau de la Banque de France, déclare que « les espèces constituent bien souvent pour les populations les plus fragiles, le seul moyen de paiement possible : plus de quatre millions de Français sont bénéficiaires chaque mois de prestations sociales versées, dans une très grande proportion en espèces. Il est vital que ces derniers puissent continuer à faire leurs achats avec ce moyen de paiement ». Par ailleurs, la pratique consistant à interdire les paiements en espèces au sein d’un commerce revient à exclure des personnes qui ne possèdent pas d’autres moyens de paiement comme les mineurs, les majeurs protégés, les personnes sans abri. Comment une personne en difficulté qui se verra retirer par sa banque cartes et chéquiers va-t-elle pouvoir effectuer un règlement ? Pour l’historien de la monnaie Patrice Baubeau, l’exemple américain témoigne du risque d’une augmentation des inégalités et de l’apparition d’une monnaie des pauvres et des riches. Il écrit : « Aux États-Unis, le développement des solutions « Cashless » est en train d’exclure une fraction non négligeable de la population de faire des transactions, des achats. […] La fracture numérique , ce n’est pas juste une personne âgée qui ne peut pas accéder à sa déclaration d’impôts en ligne. C’est aussi le risque, qui me semble beaucoup plus grave, beaucoup plus quotidien pour une personne qui ne dispose pas des moyens numériques pour pouvoir faire des transactions quotidiennes ».

Pour ce qui est de la protection de la vie privée, les Autrichiens notamment y sont très sensibles. Ils ne renonceront pour rien au monde au paiement en argent liquide. L’Autriche est le champion d’Europe des espèces. Ainsi par exemple, si vous essayez de prendre un petit-déjeuner dans un café viennois avec votre carte bancaire, « on vous enverra en face au distributeur retirer de l’argent, avant même de commander. En tout état de cause, c’est affiché sur la porte d’entrée », explique le gérant de l’établissement.

Au total, comme le souligne Fabio Panetta, membre du directoire de la BCE, « si les paiements numériques sont conçus de façon à être aussi robustes que possible, ils restent toutefois vulnérables aux pannes d’électricité, aux menaces « cyber » ou aux défaillances techniques. Dans de tels cas, les espèces peuvent accroître la résilience de notre système de paiements en offrant un filet de sécurité essentiel. Elles assurent aussi une fonction de réserve de valeur qui inspire confiance. Selon l’enquête menée par la Banque centrale européenne (BCE) en 2019 sur les comportements de paiement dans la zone euro (voir précédemment), 34% des habitants de la zone euro conservent chez eux des réserves en espèces à titre de précaution ».

3. Glossaire

Euro-système : Système de banque centrale de la zone euro composé de la Banque centrale européenne et des banques centrales nationales des Etats membres de l’Union européenne ayant adopté l’Euro.

Fracture numérique : Inégalités d’accès aux TIC

Machine to Machine (M2M) : Expression désignant les systèmes de communication entre machines.

Mégadonnées (« big data ») : « Phénomène qui fait référence à des technologies, outils, processus et procédures accessibles, permettant à une organisation de créer, manipuler et gérer de très larges quantités de données, afin de faciliter la prise de décision rapide ». (Source : IDC).

Paiement sans contact : Modalité de paiement par rapprochement d'un lecteur avec une carte de paiement ou un appareil mobile.

“Study on the Payment Attitudes of Consumers in the Euro area (SPACE)” : Enquête menée par la Banque centrale européenne qui repose sur un questionnaire qualitatif, adossé à un « journal de paiements » à remplir au cours d’une journée de référence.

Swish : Application smartphone de paiement instantané développée en Suède.

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