Dans le cadre de la préparation du budget 2027 et face à la forte hausse de la dette publique, les retraités sont à nouveau dans le collimateur. En effet, le gouvernement envisage de demander un effort budgétaire ciblé sur les pensions des retraités les plus aisés afin de participer au redressement des comptes publics. Des seuils de 2 000 à 3 000 euros de pension mensuelle sont évoqués. Quid de la notion d’équité pour les retraités qui ont cotisé toute leur carrière ?
Le député Sylvain Maillard, ardent défenseur des nobles causes, s’est opposé en août 2026 à toute désindexation ou gel des pensions de retraite pour le projet de budget. Il insiste sur le fait qu’avec une pension de 2 000 ou 3 000 euros, on ne vit pas dans l’abondance, surtout dans une ville comme Paris.
Certains économistes et responsables politiques qui préconisent des mesures défavorables aux retraités bénéficient eux-mêmes de la possibilité de prolonger leur activité rémunérée au-delà de l’âge légal de départ à la retraite, notamment grâce à leur réseau. Il faudrait réfléchir à la mise en place de mécanismes qui permettraient à tous les seniors motivés de poursuivre une activité professionnelle au-delà de l’âge légal de départ à la retraite. Cette possibilité ne doit pas être réservée à ceux qui disposent de réseaux influents.
En France, la nouvelle doxa accuse les retraités d’avoir favorisé l’alourdissement de la dette publique et les rend responsables de tous les maux. Ainsi, lors d’une intervention du 27 août 2025, François Bayrou rend les « boomers » nés entre 1946 et 1964 responsables de la dette. Il déclare : « Les premiers bénéficiaires du chaos sont les boomers, en pointant « leur confort ». Cette stigmatisation d’une catégorie de la population est irrecevable, honteuse et délétère. Au lieu d’incriminer les véritables responsables de la dette publique française, on accuse les retraités, une cible facile pour en faire des bouc émissaires. D’aucuns qualifient cette attitude de lâcheté politique.
Mettons un terme à cet acharnement indécent et injuste sur les retraités. Ils ont travaillé dans des conditions plus rigides qu’aujourd’hui, cotisé, élevé leurs enfants, participé à la vie de notre pays et, pendant des décennies, contribué à construire la société dans laquelle nous vivons. Aujourd’hui, beaucoup de retraités ont pourtant le sentiment d’être devenus une variable d’ajustement.
1. La rigidité de la vie professionnelle des retraités contraste avec les évolutions récentes du monde du travail
Les retraités d’aujourd’hui ont connu un monde du travail moins doté en avantages sociaux et matériels qu’il ne l’est aujourd’hui.
- En matière de santé et de protection sociale, les anciens n’avaient pas toujours une aide de leur employeur pour la santé et les garanties en cas d’arrêt de maladie ou d’accident étaient moins développées.
- Dans le domaine du temps de travail et des congés, la durée légale était de 39 heures, la cinquième semaine de congés payés n’a été instaurée qu’en 1982 et les jours de repos supplémentaires (RTT) n’existaient pas pour bon nombre d’entre eux. Les congés de maternité étaient beaucoup plus courts et bien moins indemnisés. En outre, le congé de paternité a été officiellement créé le 1er janvier 2002.
- S’agissant du confort et de la flexibilité, le télétravail - qui permet certaines libertés comme la présence auprès de ses enfants, le repli dans une résidence secondaire en France ou à l’étranger, etc. - n’existait pas par le passé, en raison de l’absence d’outils numériques adaptés, et d’une culture du bureau : les entreprises exigeaient une présence physique sur place.
- Enfin, pour ce qui est de l’obtention des diplômes, les retraités d’aujourd’hui devaient travailler plus durement. Le pourcentage des bacheliers était nettement inférieur à celui d’aujourd’hui (91,8 % en 2025).
2. La retraite est un droit acquis par le travail et les cotisations
La retraite ne doit pas être considérée comme une faveur accordée à ceux qui ont cessé de travailler mais comme un droit social acquis par le travail et les cotisations. . Elle est le résultat de décennies d’activité et de cotisations. Elle doit permettre de vivre cette nouvelle étape de la vie avec sérénité et dignité.
Tout au long de leur activité professionnelle, les travailleurs participent au financement du système de retraite par leurs cotisations. Le système de retraite français repose principalement sur un fonctionnement assurantiel et par répartition. Ce n’est pas un système de charité.
Dans le système par répartition, les travailleurs cotisent pour financer les retraites de leurs aînés tandis que dans le système de capitalisation, ce sont les travailleurs eux-mêmes qui cotisent pour leur propre retraite (ils capitalisent).
La retraite est également une reconnaissance du travail accompli. Derrière chaque pension se trouve une carrière, parfois longue et difficile. La question des retraites est bien plus qu’une question financière ou administrative : elle est un enjeu de dignité. Elle représente la reconnaissance d’une vie de travail, le droit à une fin de vie sereine, et la possibilité de transmettre son expérience sans être réduit à sa productivité.
Demander de la dignité pour les retraités ne signifie pas refuser toute réforme du système des retraites ni ignorer les difficultés de notre société. Cela signifie simplement que les décisions publiques doivent tenir compte de la réalité humaine qui se trouve derrière les chiffres.
Une société se juge à la manière dont elle traite les retraités. Les retraités ne demandent pas nécessairement des privilèges. Ils demandent de pouvoir vivre décemment sans avoir à s’excuser de coûter à la collectivité. Il est temps de changer de regard.
N’exigeons pas des retraités de s’excuser d’avoir vieilli. Ne transformons pas une vie de travail en culpabilité.
3. Arrêtons de vouloir pénaliser les retraités et mettons les Français au travail : « il n’y a pas de sot métier »
Avant de chercher à réduire les droits ou le pouvoir d’achat des retraités, demandons-nous comment redonner au travail ses titres de noblesse.
- Valoriser le travail : afin de sauver la France du déclin qu’évoque Samuel Tual dans son essai « Le travail pour tous ! revaloriser le travail pour sauver la France », il faut réhabiliter la valeur travail en mettant en place des stratégies qui fournissent les incitations nécessaires pour travailler et qui permettent d’en finir avec l’assistanat qui coûte très cher à la nation. Dans son ouvrage intitulé « Les nouveaux rouages de l’économie », Jean-Marie Albertini écrit que « le travail est le premier et le plus essentiel des facteurs de production. Le capital n’est qu’un facteur de production dérivé » (...). Pour cet économiste, « il existe une relation étroite entre la croissance économique, le nombre de personnes que l’on peut mettre au travail, et la nature du travail fourni ». En d’autres termes, le facteur travail détermine à la fois par sa quantité et sa qualité le niveau de la croissance économique. Il est la principale source de création de richesses. Sans travail, le capital ne peut pas produire. Un pays qui compte plus de personnes en emploi dispose davantage de revenus, de cotisations sociales et de recettes. La priorité devrait donc être de créer les conditions permettant à ceux qui sont éloignés de l’emploi de retrouver une activité. Plutôt que de chercher systématiquement de nouvelles économies sur ceux qui ont déjà travaillé, faisons de l’emploi, de la formation professionnelle et de la création de richesse les priorités de notre politique économique.
- Ne pas opposer les générations : la stigmatisation des retraités ne peut que déboucher sur un conflit de générations. Nous sommes en train de bâtir une société qui préfère sacrifier ses aînés plutôt que de se mettre au travail. Le manque de respect à l’égard des seniors a conduit à une rupture du contrat social et à un conflit de générations, qui fragilise la cohésion sociale. La solution pour remédier à l’augmentation de la dette publique n’est pas de monter les jeunes contre les personnes âgées et vice-versa.
4. Classes moyennes supérieures pénalisées
Les mesures de désindexation des retraites envisagées par le Premier Ministre Sébastien Lecornu dans le cadre du budget 2027 vont toucher les classes moyennes supérieures qui sont devenues les « vaches à lait » de la fiscalité.
Alors que les classes moyennes supérieures sont le maillon le plus solide de la société française, elles s’interrogent aujourd’hui sur leur devenir.
Dans un rapport intitulé « Sous pression : la classe moyenne en perte de vitesse », publié par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) en mai 2019, les auteurs s’intéressent à la « pression » que les citoyens se situant au milieu de l’échelle sociale subissent depuis les années 1980. Ils révèlent que le constat est alarmant.
En conclusion, j’invite les économistes et les élus qui s’en prennent aux retraités à lire la nouvelle de Dino Buzzati intitulée « Chasseurs de vieux », incluse dans son recueil le K publié pour la première fois en Italie en 1966. Dans l’histoire, les personnages qui étaient jeunes au début de la nouvelle se retrouveront vieux quoi qu’il arrive et eux aussi se feront exclure. « Tel est pris qui croyait prendre », dirait Jean de La Fontaine.
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