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Catégorie : Bernard Biedermann
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Depuis quelques années, nombre d’experts sont unanimes pour affirmer que l’innovation constitue une réelle solution pour relancer la croissance et résoudre le problème du chômage. Les innovations concerneront la plupart des secteurs d’activités pour des applications de nouveaux produits, d’amélioration de produits existants et bien sûr pour des gains de productivité. Elles s’appuieront essentiellement sur le numérique, les bios et les nano technologies. Certains experts nous annoncent avec certitude une nouvelle révolution technologique comparable à celles de l’électricité ou de la machine à vapeur. En période de crise, on ne peut que s’en réjouir.


Il  faudrait  cependant  en nuancer les espoirs et ce  pour plusieurs raisons :
Les innovations ne vont que saupoudrer l’activité économique; à ce jour il n’y a pas d’invention géniale susceptible de changer radicalement notre mode de vie. Le mail qui vous annonce que la date de péremption de vos yaourts au frigo est dépassée ne va pas révolutionner votre quotidien. Beaucoup d’applications concerneront le domaine médical et feront l’objet de remboursements privés ou publics, et donc de réticences. D’autres applications relevant de la loi, permettront une meilleure protection de l’environnement et se  traduiront par un coût direct sur les produits ou les services proposés par l’entreprise.
Mais surtout, on oublie de dire que les projets d’innovation sont avant tout conçus dans le cadre de l’activité d’entreprise. L’entrepreneur qui envisage un projet innovant doit d’abord  élaborer un compte d’exploitation prévisionnel intégrant les revenus et les coûts associés au nouveau produit. C’est un exercice délicat car il faut déterminer un marché futur pour lequel il n’y a pas forcément de repères. On est dans un processus de décision d’investissement en situation d’incertitude pour lequel le jeune ingénieur créatif n’a pas forcément été préparé. Ceci explique en partie la part importante des projets qui échouent. Ce sont surtout des PME/PMI qui se lancent dans l’innovation mais face aux risques elles ne bénéficient pas toujours d’un matelas de sécurité.
Il y aura donc forcément un grand nombre d’échecs mais il faudra aussi s’attendre à des effets de surprises, c’est à dire à des innovations qui auront des développements considérables et  inattendus. Par exemple les SMS avaient été conçus pour des échanges d’informations techniques vers le portable et non pas comme moyen de dialogue entre utilisateurs. Autre exemple, le protocole de communication IP utilisé par l’Internet avait été élaboré aux US par des militaires et des chercheurs pour la mise en commun de leurs travaux. Plus récemment, la nouvelle croissance dans beaucoup de pays africains s’explique en partie par l’usage du téléphone portable qui facilite la gestion des projets sans avoir eu à construire un réseau de téléphone fixe.
Il convient donc d’être modeste par rapport aux visions d’avenir. Quelques mois d’erreur dans un compte d’exploitation prévisionnel peuvent conduire à remettre en cause l’espoir de réussite d’autant plus que les marchés potentiels se situent au niveau international dès le lancement du projet avec évidemment un potentiel de concurrence important et réactif. Pour les experts, l’ordre de grandeur du long terme est de plusieurs décennies mais ils ne précisent pas la période à partir de laquelle nos économies auront retrouvé le plein emploi.
A l’échelle d’un pays il s’avère que l’on n’a pas le choix; quid du pays qui ne voudrait pas anticiper cette nouvelle révolution ? Il faut donc tout mettre en œuvre, avec beaucoup d’imagination, pour qu’en France, les conditions de création et de pérennité des start-up  soient aussi favorables qu’à l’international  : incitations fiscales, protection des brevets,  culture d’entreprise favorisant le passage de l’invention à l’innovation, structures de support. En fait, adhérer à l’ « ardente obligation des Réformes » !… Il faudra également un suivi statistique global plus efficace que ce que les outils actuels de l’INSEE produisent.
Plus généralement on peut aussi se poser la question de savoir si notre système économique n’est pas condamné à l’innovation permanente pour se maintenir en équilibre, comme c’est le cas avec le commerce international et la  mondialisation.

Bernard Biedermann
                                                                                             Conjoncture et décisions
                                                                                             http://www.Theoreco.com